Prêt à servir

La genèse

Un roman né dans les cuisines d'un grand restaurant

Ce que les étoiles doivent à la nuit est né en janvier 2020. Une autre époque où les restaurants n'étaient pas un mirage, et où l'on s'embrassait dans la rue sans peur du lendemain.

C'est le moment qu'a choisi ma grand-mère Jeannine pour nous quitter, laissant dans mon coeur un vide immense. Sur ma vie, la nuit est tombée.

Je suis partie au Pays basque reprendre mon souffle. Accueillie par les frères Ibarboure et leur famille, qui tiennent un restaurant étoilé à Bidart. Assise sur un grand tabouret dans les cuisines, de l'aube jusque tard dans la nuit, j'observais ce ballet fabuleux de la brigade et de ses chefs. L'émulation, le bruit, la chaleur, les odeurs, comme un contrepoint heureux au silence intérieur dont était fait mon deuil.

J'ai été éblouie. Par le talent, par la sensibilité, par la dureté conjuguée à la créativité. Par l'émotion surtout qui, sans dire son nom, affleurait partout. Dans les gestes, les regards, la fébrilité du chef.  

Devant les fourneaux, au milieu des tabliers blancs, de la vapeur et de la délicatesse des assiettes, j'ai cru voir Liz. Cette jeune femme à qui Rosa s'adressait dans les Demoiselles.

Un roman en clair-obscur

Et la lumière fut

Les émotions sont un terreau dans lequel poussent mes personnages. Des personnages souvent abîmés, en quête de racines, d'une famille, d'une vérité, d'un destin qu'ils ignorent. Ou d'une renaissance.

 

Parmi eux, Liz est sans doute la plus sombre qu'il m'ait été donné de peindre. En elle, la mélancolie qui était la mienne lorsque j'ai commencé ce roman. Une forme de folie aussi. Comme elle, il me semblait entendre ma grand-mère. Entendre son rire, ses chansons. Un fantôme avec qui j'ai appris à vivre.

 

Le territoire du deuil est vaste. Son temps est long. Ce chagrin m'a donné accès à une autre partie de moi-même.

Et puis, par un drôle de hasard dont la vie en a le secret, j'ai appris que j'attendais un enfant. Une petite fille venue du ciel, envoyée par ma grand-mère ? Un rayon de soleil qui a illuminé ma vie. Et sans doute aussi, les pages de ce roman né avec un deuil, et dont j'ai écrit les derniers mots à la naissance de ma fille.

Voilà sans doute d'où vient sa couleur si particulière. Un roman en clair-obscur. Un chemin vers la lumière.

Anna Gaelle Huon © Astrid di Crollalanza
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Confidences

Anne-Gaëlle se confie au micro de Régine Dubois, dans l'émission radio Les Petits Papiers.